À ses débuts, au Moyen-Âge, l'application de la justice pénale en Angleterre dépendait de chaque citoyen. C'est à lui qu'incombait la responsabilité de préserver la paix et de traduire les contrevenants en justice. C'est la victime qui habituellement dénonçait le crime, assurait la poursuite du criminel et en assumait les frais.

À cette époque, la comparution en justice visait essentiellement à permettre à la victime d'obtenir un dédommagement pour les torts subis. En vain, le plus souvent. En effet, l'insolvabilité de certains contrevenants les rendait incapables d'indemniser leur victime, alors que d'autres refusaient tout simplement de payer. Aussi, de nombreux contrevenants restaient-ils impunis, quand ils ne faisaient pas l'objet d'actes de vengeance de la part de la victime ou de sa famille.

En Angleterre, au XIIe siècle, la nécessité de prévenir le crime et de sauvegarder la paix sociale en imposant des sentences aux criminels fut à l'origine des premières interventions de l'État dans les poursuites criminelles.

Peu à peu, le système de justice s'est développé et a évolué pour devenir ce qu'il est aujourd'hui, une affaire entre l'État et le contrevenant. Aujourd'hui, au Canada comme dans la plupart des pays de tradition britannique, c'est l'État, représenté par un substitut du Procureur général, qui assume, au nom de l'intérêt public, la responsabilité des poursuites criminelles.

La démarche québécoise

Au Québec, quand il est question de retracer l'origine des services d'aide aux victimes d'actes criminels, il faut en tout premier lieu rappeler la contribution du mouvement féministe. C'est lui qui a éveillé la société à ses responsabilités à l'égard des victimes.

C'est en effet au cours des années 70 que seront posés les premiers gestes pour répondre aux besoins des victimes. On voit alors apparaître les premières maisons d'hébergement pour les femmes battues et les premiers centres d'aide pour les victimes d'agression sexuelle.

En 1972, le Québec adopte la Loi sur l'indemnisation des victimes d'actes criminels , qui permet aux victimes d'être indemnisées et de recevoir les soins nécessaires à leur rétablissement. Elles peuvent même bénéficier de mesures de réadaptation physique et sociale et participer à des programmes de réadaptation professionnelle. La loi prévoit également un régime de compensation financière pour les pertes de revenus subies par la victime.

Toutefois, malgré le développement d'un important réseau d'aide subventionné par le ministère des Affaires sociales de l'époque, les intervenants constatent que seul un très petit nombre de victimes bénéficie de services d'aide. En effet, le réseau québécois d'alors s'adresse principalement aux femmes qui sont hébergées pour échapper à la violence conjugale ou à la suite d'une agression sexuelle.

À cette époque, beaucoup de victimes ne disposent d'aucune ressource susceptible de leur venir en aide. C'est le cas, par exemple, des victimes de voies de fait, de vol qualifié, de harcèlement, d'homicide, d'introduction par effraction, des enfants victimes d'exploitation sexuelle, des hommes victimes d'agression sexuelle, des femmes victimes de violence conjugale qui ne sont pas hébergées, ou des victimes âgées.

C'est pourquoi, dans les années 80, l'association québécoise Plaidoyer-Victimes fait des représentations auprès du ministre de la Justice de l'époque, M. Herbert Marx, pour que soit adoptée une législation québécoise qui établirait clairement les droits des victimes de crimes et rendrait possible l'ouverture de centres d'aide pour toute personne victime d'un crime ainsi que pour leurs proches.

En 1988, l'Assemblée nationale adopte donc la Loi sur l'aide aux victimes d'actes criminels , qui s'inscrit tout à fait dans les attentes de l'association Plaidoyer-Victimes. Cette loi crée, entre autres, le Bureau d'aide aux victimes d'actes criminels (BAVAC), rattaché au ministère de la Justice.

Par cette loi, le BAVAC reçoit le mandat de favoriser l'implantation et le maintien de centres d'aide aux victimes d'actes criminels un peu partout au Québec. Pour financer ces centres d'aide, la loi crée également le Fonds d'aide aux victimes d'actes criminels.

Quelques jours à peine après l'adoption de la Loi sur l'aide aux victimes d'actes criminels, le ministre de la Justice d'alors, M. Herbert Marx, annonçait en conférence de presse, le 21 juin 1988, l'ouverture du premier CAVAC au Québec, dans les locaux du YMCA de Québec. Depuis, 16 autres CAVAC ont été créés.

En décembre 2002, le Québec adopte la Loi modifiant le Code de procédure pénale , qui a pour effet d'ajouter une contribution de 10 $ au montant des constats émis pour toute infraction à une loi du Québec. Cette loi est entrée en vigueur le 1er juillet 2003. Les sommes amassées serviront à améliorer et à bonifier la gamme des services offerts par les CAVAC et ainsi à mieux répondre aux besoins des victimes, de leurs proches et des témoins d'actes criminels.